Vidéosurveillance algorithmique : votre comportement déjà analysé

Des caméras qui ne se contentent plus de filmer : elles analysent, classent, signalent. Depuis les Jeux olympiques de Paris, la vidéosurveillance algorithmique s'est installée dans les rues françaises sous couvert d'expérimentation temporaire. La réalité, chiffres à l'appui, est tout autre. Selon anti-ia.fr, au moins 40 villes déploient ces dispositifs en dehors de tout cadre olympique — et l'AI Act européen, présenté comme un rempart, laisse passer l'essentiel. Dans cet article, vous comprendrez comment fonctionne concrètement l'analyse comportementale de masse, pourquoi la loi ne vous protège pas autant qu'on vous le dit, et quels gestes précis vous permettent de reprendre un minimum de contrôle.

Vidéosurveillance algorithmique : votre comportement déjà analysé
« Tant que la machine doute, vous existez encore. La vigilance citoyenne commence par un geste minuscule : cartographier, demander la preuve, brouiller la lecture. »

Dans la rue, votre comportement est déjà analysé : l'illusion de l'AI Act européen

Vous traversez une place. Au-dessus de vous, une caméra ne s’arrête pas à filmer. Le flux vidéo passe dans un logiciel d’analyse comportementale. Votre silhouette devient un ensemble de points, votre trajectoire une série de vecteurs. Un arrêt soudain, un sac posé à même le sol : l’algorithme classe, sans émotion, votre mouvement. Sur un écran, vos gestes sont évalués comme « remarquables », « anormaux », parfois « suspects ». La place n’a jamais été aussi calme. Votre anonymat, lui, n’existe plus.

L’infrastructure reste, la sémantique change

Depuis avril 2024, l’expression « vidéosurveillance intelligente » désigne, en France, ces systèmes capables de détecter des « comportements inhabituels ». La loi qui a autorisé leur expérimentation durant les Jeux olympiques est présentée comme temporaire (Legifrance, 2023). L’infrastructure, elle, demeure : des centaines de caméras équipées d’algorithmes, connectées à des centres de supervision. Ce dispositif transforme chaque passant en objet d’analyse mathématique.
D’autres appareils : bornes d’accès de transports, feux tricolores, drones de police. Leur point commun : aucun n’a été pensé pour vous garantir l’oubli.
Selon La Quadrature du Net (mars 2024), au moins 40 villes utilisent ou préparent des dispositifs identiques en dehors du cadre olympique. La “période d’essai” devient la norme. Vous, l’exception.

L’illusion de l’AI Act européen

Février 2025. L’AI Act de la Commission européenne entrera en vigueur. Vous entendez qu’il « interdit l’identification biométrique » dans l’espace public (Article 5). Mais il ne cible que l’authentification du visage et la notation sociale à la chinoise : tout le reste, l’analyse de silhouettes, de postures ou d’objets, restera légal si les autorités le justifient par la « sécurité publique » (Commission européenne, 2024).
À Paris, le récent contre-sommet de l’IA (mars 2024) l’a rappelé : l’illusion d’interdiction cache la réalité du déploiement massif de la vidéosurveillance algorithmique. Ici, la loi ne limite pas la technologie, elle la légitime et la rend invisible. Vous marchez dans une ville où la normalité s’évalue à distance, en temps réel.

L’administration du soupçon

Vous n’êtes pas « reconnu » formellement. Aucun registre officiel n’associe votre nom à la séquence filmée. Mais chaque arrêt, chaque attroupement, chaque pause, chaque objet déposé — tout devient une donnée statistique. Ceux qui ne correspondent pas au modèle « normal » sont signalés à un opérateur humain. « Anomalie », « risque potentiel ».
Un rapport du Défenseur des droits, publié en décembre 2023, souligne : « La généralisation de l’analyse algorithmique transforme la perception ordinaire de l’espace public : le soupçon est désormais la règle, la banalité l’exception » (Défenseur des droits, 2023).
Tant que le visage n’est pas « formellement identifié », la collecte massive n’est pas considérée comme de la surveillance biométrique. Les mots suffisent à contourner l’interdiction.

Ce que vous pouvez encore faire

Votre droit à circuler sans être classifié est érodé. Mais il n’a pas disparu.

  • Commencez par repérer les caméras autour de vous. Des outils comme le projet CameraMap de La Quadrature du Net (2024) permettent de cartographier les dispositifs automatiques installés dans votre ville.
  • Interpelez votre mairie et votre préfecture. Demandez, en vertu du RGPD, à consulter les registres de traitements de données de la vidéosurveillance algorithmique (modèle de lettre sur anti-ia.fr). Vous pouvez légalement exiger la transparence des finalités et du fonctionnement.
  • Protégez également votre sphère privée par certains choix vestimentaires : motifs, chapeaux, tissus anti-infrarouge. Il existe des techniques de « désobfuscation » expérimentées par des artistes et des hackers pour brouiller le suivi algorithmique (Tarnovski et al., 2023).

La même logique s’applique en dehors de la rue. À l’école, dans votre entreprise, l’IA évalue vos comportements, souvent sans vous prévenir. Relisez sur ce sujet notre article sur l’invasion de l’IA à l’école et le profilage des enfants, ou notre guide sur la défense face à la collecte algorithmique au travail.

Vous n’arrêterez pas les caméras. Mais rien ne vous oblige à marcher seul. La vigilance citoyenne, ce sont ces gestes minuscules : cartographier, demander la preuve, brouiller la lecture. Tant que la machine doute, vous existez encore.

Pour aller plus loin ou rejoindre la communauté des vigies, visitez anti-ia.fr.

Par La rédaction